Tuesday, August 26, 2014

René la Taupe ou le skate underground

A l'heure où les circuits de compétition Street League et Mountain Dew semblent être devenus les institutions de référence pour représenter le skate auprès du grand public, nombreux sont les skaters qui ont décidé de revenir aux racines du skate en choisissant une pratique underground. Au cours des dernières années, ont fleuri ça et là des marques mettant l'accent sur la nature indépendante et quasi-artisanale de leurs techniques de travail ou leur éthique : Polar, Magenta, Palace, Politic, ou plus anciennement Trauma etc. Des graphismes originaux, des skateurs créatifs sortant du traditionnel format hammer ; l'idée était de proposer une alternative aux marques de skate mettant en avant une pratique coupée du quotidien des skaters lambda souvent composé, il faut bien le reconnaître, de sessions sur des micro-curbs devant la supérette.


A y réfléchir, il semble que la culture populaire ait amorcé le même virage que l'industrie du skate.


Prenons l'illustre pop-star virtuelle René la Taupe, par exemple. Avec des centaines de milliers de disques vendus, sous ses airs de farceur et bon vivant, il semble bien inoffensif et destiné en premier lieu à un public d'enfants. Bien heureux les simples d'esprit. En réalité, René la Taupe est à la culture populaire ce que Pontus Alv et Shawn Powers sont au skateboard : une alternative. En effet, son ventripotent physique et sa bonhommie omniprésente sont une réponse aux modèles des pop-stars hyper-sexualisées à la plastique parfaite. Symbole de la révolution underground, René la Taupe permet à l'auditeur moyen, las des bêlements lascifs des Britney Spears et autres Ke$ha, de retrouver un sentiment de proximité avec l'artiste-interprète qu'il écoute.

Par ailleurs, il est évident que ce rapprochement a influencé les vidéastes de skate underground. En effet, comment ne pas voir dans cette section de la vidéo Tengu, réalisée par Colin Read, un clin d’œil subtil à l’œuvre de René la Taupe. Tels les mammifères fouisseurs nocturnes que sont les taupes, les skate-protagonistes de ce clip évoluent de nuit dans des galeries souterraines et proposent un skate sortant des sentiers battus. Clou du spectacle, le ollie de Connor Kammerer par-dessus la ligne de métro est une métaphore à prendre littéralement : au péril de sa vie, il nous incite à franchir cette ligne pour, nous aussi, nous engager dans une pratique du skate alternative.

                                

Les journalistes de notre bonne vieille rédaction ne sont pas avares lorsqu'il est question d'underground. En effet, l'un de nos reporters les plus engagés a d'ailleurs affirmé avoir inventé le skate underground. Après maintes railleries, il nous a scientifiquement prouvé, photographie à l'appui, qu'il était l'inventeur d'une des manœuvres phares du chef de file des powerslides alambiqués, Léo Valls.
Des images choc, qui laissent inévitablement une ombre au tableau du skateboard underground.


one foot bs nose blunt powerslide (post 2010)


one foot bs nose bluntpower slide full speed 10 ans avant la popularisation de cette manœuvre
Pour ceux qui douteraient de l'authenticité de cette preuve photographique indéniable, il suffit de se pencher sur les DVS Sean Sheffey portées par le sujet, alors âgé de 11 ans,  pour pouvoir dater la photographie sans hésitation.


Friday, August 22, 2014

Numéro spécial été : MACBA ou les vertiges de l'anonymat ( + un NBD à MACBA en cadeau !)

Dans un souci de faire face au déclin de la presse écrite, la rédaction de La Lodge a décidé de sortir un numéro spécial été pour plaire à la ménagère de moins de 50 ans avide d'exotisme. Dans ce numéro, destination de choix, de rêve, de fiesta, c'est à Barcelone que nous avons envoyé notre reporter sans frontières. Capitale mondiale du skate où les crews des quatre coins du globe se retrouvent, Barcelone est aussi connue comme la ville qui permet l'accès à la célébrité instantanée pour le skater lambda qui peut se mesurer à ses pros préférés en s'attaquant aux mêmes spots qu'eux. 

Exemple des ravages de la course à la skate-glory

C'est donc dans cette optique que nous avons catapulté notre envoyé spécial en stage techitude à MACBA. Au cours d'une enquête digne de Capital, l'histoire des sourcils en moins, nous allons vous révéler comment l'Espagne, un pays pourtant noble qui sait rafraîchir ses habitants à bas prix, maintient son peuple dans la dépression et le confine à l'anonymat skateboardistique le plus cruel.

Notre envoyé spécial a su se fondre dans le décor
En effet, les sessions de notre envoyé spécial à MACBA ont révélé un monde sans pitié où aucun ne peut échapper au gouffre de l'anonymat. Fort de ses sessions sur son spot local où son benihana par dessus la fun-box centrale fait mouche à chaque fois, notre reporter s'est heurté à un monde sans pitié où il semble que l'unique trick de flat autorisé soit le 3-6 flip. Ce trick est à rentrer obligatoirement de manière autoritaire, la jambe arrière tendue à l'horizontale et gare à celui qui affichera une mine réjouie de sa prouesse. Non, chers lecteurs, le 3-6 flip à MACBA se replaque en soufflant d'insatisfaction face à l'évidente imperfection de son trick poppé à 50 cm de haut et recatché avant même la phase descendante. Une expérience douloureuse pour notre courageux reporter pour qui la coutume était jusque-là de replaquer ses 3-6 flips en hang ten.

Découpe de la replaque d'un 3-6 flip de notre envoyé spécial, 
devenu la cible de quolibets le temps d'une session
La confrontation avec les locaux fut une rude épreuve également. Le skateur catalan arbore par nature un air patibulaire lié à son aversion pour l'envahissement progressif, mais certain, de ses spots. Sa meilleure façon de vous le faire savoir sera de faire le trick que vous venez de faire, mais plus long, plus rapide, avec un flip in, un flip out, le tout en vous regardant dans les yeux sans ciller (et to fakie aussi). Une autre population non-négligeable sur les spots sont les techos brésiliens pour qui la pratique du skate semble être un vrai calvaire, au vu de pourcentage de tirage-de-gueule par m². Pour témoigner de leur engagement et du sérieux de leur lutte, la majorité d'entre eux sont affublés d'un vêtement aux motifs camo aux subtiles connotations hip-hop et guerrières, le tout dans des tons très urbains.
Désillusion et stupeur furent au rendez-vous pour notre reporter qui pensait trouver des amitiés inoxydables lors de ces sessions. Ses sourires amicaux et mutins en quête d'un partenaire de session restaient sans réponse, sa main levée dans les airs pour un high five de célébration fut dédaignée à maintes reprises. Perdu dans un tourbillon de tricks, impossible pour lui de trouver ses repères. Dérouté, esseulé, il dût lutter pour se faire une place au sein du rythme effréné et sans pitié des sessions à MACBA au cours desquelles toute personne osant tenter un trick différent des autres ne tarde pas à recevoir une canette de Xibeca à la fraîcheur douteuse sur le crâne.


Exemple d'une session à Barcelone : la tyrannie
 de la conformité réduit les masses au skatesclavage

Monde corrosif et sans pitié, MACBA laisse peut de place pour ceux qui cherchent à briller. Noyé dans un tourbillon d'excellence, le skateur ne peut plus se démarquer des autres. Seul le recours à l'hypertech permet quelques secondes de postérité au prix d'efforts démesurés. En bon élève, notre reporter a payé son NBD, mais à peine fut-il replaqué qu'aussitôt oublié. Le footage dont nous allons vous faire part démontre l’absence d'acclamations ou de high fives en tout genre de la part de ses pairs. Non, telle une étoile filante, notre reporter a cessé d'exister aux yeux des locaux à peine son trick replaqué. Des images terribles.

Les NBDs à MACBA n'attirent plus aucune attention dans 
un monde régi par les lois de la compétitivité.

Sunday, August 10, 2014

Skateboard, politique et théories du complot

Puisque, comme l'avaient dit ces bons à rien chevelus de la contre-culture, "le personnel est politique", cela n'était donc qu'une question de temps avant que le skateboard, après avoir conquis avec succès les marchés de la mode et de la musique, se lance à l'assaut de la politique. Un véritable reclus de la société, le skater est généralement tenu à l'écart des hautes sphères de la politique. Cependant, il n'en est pas un moins un activiste chevronné qui aime passer à l'action sur fond de théories du complot séduisantes et gros blunts épicés. Précurseurs dans ce domaine, voilà bientôt une décennie que les fameux WE Activists se battent pour un monde meilleur où tout le monde aurait des Ray Bans et un argentique.

Manifestation ultra-violente des WE Activists, menée par Chris "el Ché" Pastras,
suite au scandale des chemises silm-fit mal taillées.
Plus récemment, à l'autre bout de la planète, ce sont les japonais du Far East Skate Network qui se sont lancés à l'assaut de la politique avec un sujet d'actualité brûlant : les bombardements du Japon de 1945 par les Américains.



Alors que les moins perspicaces d'entre vous ne voient là qu'un acte héroïque à travers cette dénonciation qu'aucun n'avait osé abordé jusque là, les rédacteurs de la Lodge ont décidé de creuser l'affaire et se sont vite aperçus qu'elle reposait sur un nébuleux complot qui tiendrait éveillé des jours durant tout skateur amateur de la littérature de Dieudonné et autres Illuminatis. En effet, ce clip brouille les pistes à plus d'un titre. La musique symphonique grandiose associée au T-shirt "proud to be a Japanese" nous donne l'illusion que ce clip a pour but de redonner à l'empire Japonais ses lettres de noblesse en tant que terre où il fait bon powerslider les yeux fermés.

Cependant, ceux d'entre vous qui auront déjoué le complot auront bien compris que ce clip n'a pour but réel que la promotion de la nouvelle ligne de vêtement engagée de LIBE brand, intitulée "1945". Un rapide coup d’œil au site de la marque vous permettra de vous rendre compte que cette ligne est constituée exclusivement de pièces typiquement américaines (voir ci-dessous) sur lesquelles ont été brodés les logos de la marque. LIBE introduit donc en douce tout ces produits américains jusque-là absents du marché japonais : blousons de baseball, sweats à capuche, pantalons Dickies, etc. Un simple changement d'étiquette, et zou, la ménagère japonaise achète américain tout en croyant augmenter le PIB de son pays. Instrumentalisation par le Pentagone ou pots-de-vin de Washington, toujours est-t-il que le Réseau Skate de l'Extrême-Orient est une fois de plus mis au service de l'oncle Sam.

blouson de baseball nipponisé 

Ceux d'entre vous qui s'insurgent contre ces techniques abjectes et maudissent déjà l'Amérique devraient cependant garder à l'esprit que la propagande vient toujours là où l'on l'attend le moins, et mieux vaut se tenir sur ses gardes. Par exemple, regardez et contextualisez cette pub :

Wall-ride bien sous tout rapport

Au premier abord, nous avons une pub bien sous tout rapport. Un bon trust à l'américaine qui manufacture planches, roues, vêtements, roulements, chaussures, vis, bagagerie, sponsorise la crème de la crème et se vend dans les grandes surfaces. Le skateur, un jeune homme sponsorisé par DC, autre marque bien sous tout rapport. Mais ouvrez bien vos yeux et vous verrez l’innommable apparaître :

Propagande gauchiste en plein hammer
Nom d'un skate-tool ! Ce sont bien des affiches de propagande gauchiste qui sont placardées sur ce spot. Et le trick ? Un wall-ride ? Bien sûr, comment ne pas voir là autre chose que la nostalgie des années du Rideau de Fer (le Berlin Wall) qui séparait les gens biens des mauvais. Le skateur ? Un chevelu, un hippie ! Professionnel en plus ! Payer à s'amuser ! Element, sous couvert du capitalisme, s'efforce donc de faire passer des messages communistes et tente de démobiliser le travailleur en le convaincant qu'il pourra un jour gagner sa vie en s'amusant sur sa planche. Et que dire des camps de skate Element au cours desquels de jeunes skateurs innocents se font bourrer le crâne de légendes sur le soi-disant réchauffement climatique et la nécessité d'économiser les matières premières ?

Face à ce constat accablant, nos chers journalistes, devenus activistes le temps d'un café, ont décidé de prendre les armes. C'est donc dans un effort de solidarité que toute la rédaction de la Lodge se joint à ce message dans l'espérance de faire changer les choses : pour l'amour du CAC 40, chères marques de skate, laissez nos jeunes skateurs en paix, qu'ils puissent se forger eux-même leur conscience politique en partageant un bong d'épices orientales, regardant des vidéos de Dieudo et en achetant des bobs fleuris pour le prix d'une semaine de vacances.